Les Bees à table : immersion gourmande au cœur du Café Lobut

Par Claire Le Meur, DG de Blue Bees & Gilles Grenouillat, Chargé de dossiers

Pousser la porte du Café Lobut, c’est entrer dans une maison vivante, chaleureuse, où l’on se sent instantanément… bien. Nos Bees Claire Le Meur et Gilles Grenouillat y ont posé leurs carnets (et leurs fourchettes) le temps d’une interview exclusive de Sandrine et Cyril Huit, après un déjeuner comme on les aime : généreux, authentique et joyeusement convivial. Autour des tables serrées, entre rires, souvenirs et plats emblématiques de la cuisine lyonnaise, les échanges ont été aussi savoureux que les assiettes. Ici, on ne fait pas que bien manger : on partage une histoire, une passion, et un vrai sens de l’accueil. Une parenthèse hors du temps, à l’image de ce lieu emblématique qui cultive l’art du bon et du vrai depuis des décennies.

Claire Le Meur : Comment votre aventure entrepreneuriale a-t-elle commencé ?

Cyril Huit : Tout a commencé en 2002… Nous faisions des « saisons » avec Sandrine. Elle avait toujours rêvé d’avoir son restaurant – elle a toujours travaillé dans la restauration. Elle a passé son Cap de cuisine à quinze ou seize ans. Moi, je travaillais dans le BTP. Nous cherchions plus ou moins un restaurant à acheter.

CLM :  Juste un petit aparté : comment passe-t-on du BTP à la cuisine ?

CH : Je n’ai jamais fait de la cuisine (rires). Je m’occupe du bar. On passe du BTP au bar en les fréquentant : dans le BTP, on fréquentait beaucoup les bars et restaurants, à l’époque. J’étais gamin, j’avais dix-sept ans. Ça me plaisait, cette ambiance. J’ai ouvert un bar dans les années 90. J’ai rapidement arrêté parce que je n’étais pas prêt et ça ne fonctionnait pas.

CLM : Et donc, les « saisons » …

CH : Sandrine a un ami qui travaille à Courchevel, dont le patron cherche du monde. A ce moment-là, je n’ai pas vraiment de travail fixe et Sandrine me propose de partir travailler à Courchevel. Nous avons fait trois saisons là-bas. Sandrine avait toujours en tête son idée de restaurant. Mon père venait au Café Lobut. Un jour où nous déjeunons là-bas tous les trois, mon père me dit que l’établissement est en vente. C’était en 2002. Sandrine adore le lieu et me dit « c’est là que je veux travailler ! ».

CLM : Et pourquoi ?

CH : Elle est tombée amoureuse de l’endroit, de l’ambiance, de la déco, du concept. Nous en parlons alors avec les patrons, que mon père connaissait bien. Ils nous confirment que le restaurant est bien à vendre et ils nous donnent un prix. J’en parle à mon ami Gilles (Grenouillat), qui était déjà comptable à l’époque, et lui soumets le projet. Il m’indique que le prix est trop élevé et que ce n’est pas le bon moment pour acheter. J’écoute mon ami !

CLM : Vous avez quel âge à l’époque ?

CH : J’ai trente-six ans. Mais Sandrine a douze ans de moins que moi. Ce sont des engagements lourds… Nous repartons en saison. L’année suivante, lorsque nous rentrons, le Café Lobut est toujours en vente. Nous revenons à la charge ! Les propriétaires nous redonnent un prix, qui est toujours trop élevé. C’était difficile parce que Sandrine était très enthousiaste… La troisième

année, au retour de la saison, le restaurant est toujours en vente. Cette fois-ci, le prix annoncé est correct en regard du chiffre d’affaires. Gilles me dit que cette fois, c’est jouable ! Nous sommes allés à la banque. Nous avions un peu d’économies. Et nous ne sommes plus repartis en saison : nous sommes rentrés en avril et au mois d’août, nous avons repris le Café Lobut.

CLM : Vous avez repris la même formule que celle qui existait ?

CH : Nous n’avons quasiment rien changé. Cette maison existe depuis 1949. Initialement, c’était un bar à vin, il n’y avait pas de restauration. Son fils était charcutier. Lorsqu’il est arrivé dans l’affaire, dans les années 70, il a ajouté une cuisine pour proposer de la restauration. La cuisine a été construite dans la cour de l’immeuble. Il a également bâti la mezzanine. Nous avons fait des travaux de rafraîchissement (peinture, plafond…), changé les banquettes. Sinon, tout est dans son jus. Nous avons juste ajouté quelques objets de déco, chinés par Sandrine dans des brocantes.

CLM : Comment avez-vous fait, en touchant à rien ou presque, pour faire partie aujourd’hui – très récemment, des Toques Blanches Lyonnaises ?

CH : Ça nous a pris 20 ans tout de même…

CLM : Certes, mais tous les bouchons lyonnais ne sont pas Toques Blanches ! Et vous avez également été élu « meilleur bouchon lyonnais » …

CH : Les premières années ont été très difficiles, surtout pour elle. Arriver dans un lieu qui était déjà une institution lyonnaise, très jeune, et sachant que c’était sa première affaire, lui mettait une pression énorme. Petit à petit, nous avons pris nos marques. Nous étions bien tous les deux, chacun dans notre rôle. Nous avons rajeuni un peu la clientèle. Des gens qui ne fréquentaient plus le Café Lobut sont revenus. Mais encore une fois, ça a pris vingt ans…

CLM : Vous avez gagné un certain nombre de récompenses au fil des ans. Comment cela a-t-il débuté ?

CH : Un jour, Emmanuelle Jary, influenceuse gastronomique, est venue chez nous sur recommandation de l’un de ses amis. Elle voulait faire une vidéo de notre restaurant. Je dois avouer que sur le moment, j’étais un peu « ronchon » … (rires). Sandrine voit là une belle opportunité et donc on valide le principe. Emmanuelle Jary vient donc déjeuner et fait sa vidéo. Je ne regrette pas du tout sa venue car, en fin de compte, elle était adorable. En quelques semaines, la vidéo fait plus d’un million et demi de vues ! Je ne pensais pas qu’une simple vidéo pouvait être vue autant de fois. C’était en 2020, juste avant la Covid. Cela dit, la Covid n’a rien changé : dès notre réouverture, cela a redémarré. Du jour au lendemain, cela a commencé à changer pour nous.

CLM : Cela ne peut néanmoins pas juste être dû à une vidéo… Il faut que la qualité soit au rendez-vous… A lyon, ce ne sont pas les bouchons qui manquent !

CH : Bien sûr ! Tout le mérite de notre succès revient à Sandrine ! C’est une excellente cuisinière. C’est grâce à sa cuisine savoureuse et authentique que nous avons attiré de plus en plus de monde.

CLM : Comment avez-vous géré cette nouvelle affluence ?

CH : Nous avons travaillé plus, pour commencer… Au départ, nous ne voulions pas trop prendre le risque d’embaucher car nous ne savions pas combien de temps ce succès allait durer… Gilles, mon « garde-fou », veillait au grain, nous disait d’être vigilants sur les finances – il avait raison ! Nous avons donc passé deux ou trois années très denses, où nous avons travaillé d’arrache-pied en voyant peu nos enfants. Là-dessus, nous sommes appelés par les « Tripiers de France » – je ne savais même pas que cela existait (rires) : ils nous annoncent qu’ils organisent un championnat européen à Paris et qu’ils aimeraient que Sandrine y participe puisqu’elle fait des produits tripiers. Je l’incite à y aller, même si c’est un concours assez étonnant !

CLM : C’est vrai que c’est assez inédit comme concours (rires) !

CH : Et voilà Sandrine partie à Paris – à Rungis exactement, toute seule, avec sa valise et son « tablier de sapeur » dans la valise (rires) ! Cela lui a demandé beaucoup de préparation en amont pour arriver là-bas avec une assiette particulière. Elle termine quatrième du concours sur vingt-quatre.

CLM : Au pied du podium… Ce devait être rageant !

CH : Elle était super contente car elle ne s’y attendait pas du tout – surtout pour son premier concours. Les médias ont commencé à en parler (BFM Lyon, reportage sur France 3, etc.). Elle est repartie à Paris pour faire l’émission La Table des Bons vivants avec Laurent Marriotte, sur Europe 1. En plus, c’était une femme, jeune. A lyon, ce n’est pas neutre, les femmes en cuisine, les « fameuses Mères Lyonnaises », c’est une tradition importante. L’année dernière, il y a eu un tournage M6 aussi, pour l’émission « La meilleure cuisine régionale, c’est chez nous », avec Yoann Comte (2 étoiles à Annecy) et Norbert Tarayre (ancien de Top Chef). Tournage épuisant – encore pire qu’une journée de boulot (rires) mais magnifique. Sandrine a gagné le concours. Et une émission vue par des millions de personnes ! Cela a également permis à Sandrine d’échanger avec de très belles personnes. Elle a appris beaucoup de choses.

Gilles Grenouillat : il y a eu aussi le tournage des Mâchonneuses de lyon !

CH : Ah oui, c’est vrai ! C’est une association de filles qui font des mâchons. Il y a eu un tournage pour Echappées belles. Puis il y a eu l’étape marquante des Authentiques bouchons lyonnais, en 2025, qui sont venus proposer à Sandrine de participer au concours des meilleurs bouchons de Lyon (Prix Florent Dessus). Ils sont venus déjeuner à une vingtaine. Nous étions une dizaine de candidats.

CLM : Quelles sont les critères qui définissent un « authentique bouchon lyonnais » ?

CH : L’ambiance générale et la qualité de la cuisine, composée de plats lyonnais (quenelles, andouillette beaujolaise, tabliers de sapeurs, …). Il faut que ça ripaille ! Puis, en novembre 2025, Patrick Deschamps, Président de l’association des Authentiques bouchons lyonnais, m’envoie un mail pour me dire qu’ils viendraient nous remettre le prix du meilleur bouchon lyonnais. Je n’y croyais pas ! C’était une vraie reconnaissance d’être récompensés par nos pairs…

CLM : Et, très récemment, vous êtes devenus Toques Blanches, me semble-t-il ?

CH : Oui, c’est cela, depuis le 19 janvier, nous faisons partie des Toques Blanches. Ça, je n’y croyais pas une seconde. Cela couronne le travail de Sandrine qui a rencontré beaucoup de chefs, échangé avec eux. On doit avoir deux parrains, Toques Blanches également, qui croient en vous pour candidater. Les parrains de Sandrine étaient Frédéric Virte et Olivier Canal, de la Meunière. Nous avons rempli un dossier très complet, rédigé une lettre pour expliquer le parcours de Sandrine. Et nous avons été labellisés !

J’ai oublié de vous parler du plus grand mâchon du monde en 2023, au Lou Rugby ! Nous avons accueilli 1500 personnes venues machônner…

(La cheffe Sandrine Huit a terminé son service et nous rejoint, souriante !)

Sandrine Huit : Nous avons la chance d’être suivis depuis quelques années par d’excellents chefs. La vie est faite de rencontres… Lyon est une toute petite ville. Pour le plus grand mâchon du monde, en 2023, j’étais cheffe mise à l’honneur, avec Olivier Paget (également Toque Blanche). C’était une expérience incroyable. Lorsqu’ils m’ont proposé de faire partie de l’aventure et d’être mise à l’honneur, après être venus déjeuner, j’ai cru qu’il s’agissait d’une blague. Il a fallu que je prépare une recette pour 1500 personnes ! C’était aussi pour une belle cause – les enfants malades, et cela vous porte. L’ambiance était folle. Cela m’a ouvert des portes. C’est ainsi que j’ai rencontré Frédéric Virte, qui m’a pris sous son aile et m’a ouvert les portes des Toques Blanches.

CLM : Peut-on prendre un instant pour lister l’ensemble de vos récompenses, parce que c’est impressionnant…

SH : Oui, bien sûr, si vous voulez, c’est rigolo ! La première récompense que j’ai obtenue, c’est lorsque j’ai été sélectionnée pour le concours du meilleur apprenti du Rhône – j’étais au lycée hôtelier. Je suis arrivée quatrième sur douze. Ce n’était pas rien : je tournais des champignons dans ma cuisine pendant que mes copains s’amusaient à faire de la mobylette et du baby-foot… (rires) C’est un travail difficile, même si je suis amoureuse de ce travail : une fois qu’on a terminé en cuisine, il y a toute la partie de gestion de l’entreprise qui commence. Et encore, Cyril m’a appris à ne pas parler de travail le week-end… C’est vraiment mon homme de l’ombre. Il fait tout pour que je puisse me concentrer sur ma cuisine. Chacun de nous a vraiment son rôle. C’est très important, cet équilibre. Il s’occupe de tout ce qui est « chiant ».

CLM : Et la gestion comptable en fait partie (rires) ?

CH : Oui (rires) ! Nous avons la chance d’être accompagnés par Gilles. Nous nous connaissons depuis nos quinze ans… C’est un vrai soulagement. Nous avons l’esprit tranquille car nous travaillons avec lui en toute confiance.

SH : Pour en revenir aux autres Prix, que Cyril a évoqués, il y a eu Cheffe d’honneur en 2023 pour le plus grand bouchon, le 1er prix de l’Ordre de la Raie en 2024 – j’étais très émue, le meilleur bouchon en 2025 et enfin les Toques Blanches en 2026. Je crois que je n’arrive toujours pas à croire à tout cela. Ce sont vraiment de belles émotions. En revanche, cela met un petit coup de stress car je crains toujours de décevoir les gens qui viennent par curiosité !

CLM : Et quelle est votre spécialité ou le plat que vous préférez faire ?

SH : Le tablier de sapeur. Tiens d’ailleurs, j’ai eu cette récompense-là, aussi : Concours Européen des produits tripiers de Rungis, en 2023. Nous étions vingt-quatre et je suis arrivée 4ème au classement européen et 2ème au classement français. J’avais fait un tablier de sapeur en forme de cœur, accompagné de cardons.

CLM : Et la suite ?… Où va-t-on lorsqu’on a déjà gagné toute cela ?

SH : C’est vrai que ce n’est pas facile (rires). Mais j’ai plein de projets. Je vais retourner au plus grand mâchon du monde, en salle ou en cuisine, là où l’on aura besoin de moi le jour même (le 30 mai prochain) mais je ne ferai pas toutes les réunions en amont. J’ai aussi un mâchon à quatre mains avec Frédéric Virte, en juin, un samedi matin, à Saint Priest. Ce sont des beaux moments de vie. Il y a aussi Baptiste Pignol qui m’a demandé de faire un repas à quatre mains pour le Lou Rugby, pour une soirée de gala qu’il organise avec son père depuis vingt ans.

CLM : Avec le recul, y a-t-il des choses que vous auriez faites autrement ?

SH : Oui ! Je ferai en sorte de trouver ma propre équipe pour créer quelque chose de nouveau. Et j’aurais aimé avoir une deuxième équipe, pour pouvoir ouvrir le soir et les week-ends, avec des gens de confiance. Il y a un énorme potentiel dans cette maison.

Les Bees (reparties émerveillées et repues après un savoureux déjeuner) souhaitent au Café Lobut de continuer sa marche vers les succès.

Il y a des rencontres qui marquent, parce qu’elles sonnent juste. Le Café Lobut fait partie de celles-là. Une maison où le temps long est une force, où l’exigence se conjugue avec la simplicité, et où chaque plat raconte un parcours fait de passion, de travail et d’humanité.

Nous repartons avec la conviction renforcée que ce sont ces lieux, ces entrepreneurs et ces histoires sincères qui font battre le cœur de nos territoires. Des adresses qui ne cherchent pas à briller, mais qui brillent quand même — parce qu’elles sont vraies.

Les Bees sont profondément honorées d’accompagner le Café Lobut au quotidien, notamment sur sa gestion comptable, avec la même exigence de précision et de confiance que celle que l’on retrouve dans chaque assiette. Être à leurs côtés, c’est participer, à notre manière, à la pérennité d’un lieu emblématique et à la réussite d’une aventure humaine rare.

Merci pour l’accueil, pour la générosité, pour les échanges… et pour ce déjeuner qui restera longtemps dans nos mémoires (et nos papilles).

Chez Fifty Bees, on aime les belles histoires. Celle du Café Lobut en est une. Nous sommes fiers d’en faire partie.

RDV pris pour les prochains mâchons…